Génétique du diamant mandarin : Mode d'emploi

1. Introduction

L’élevage et la présentation en concours des diamants mandarins a pris ces quinze dernières années un essor considérable. Pour améliorer la taille des nouvelles mutations, les éleveurs ont de plus recours aux oiseaux classiques « porteurs » .
Certains parviennent à combiner plusieurs mutations. Tout cela a rendu indispensable la connaissance d’un minimum de génétique appliquée. C’est ce minimum que je voudrais présenter aux éleveurs débutants.
Il ne s’agit pas d’un cours complet de génétique, mais la simple présentation de la méthode que j’utilise précédée de quelques notions élémentaires.

2. Le diamant mandarin et ses mutations

Un diamant mandarin possède un certain nombre de caractères visibles (taille, forme, dessins, couleur, sexe) qui constituent son phénotype. Il peut avoir, en plus d’autres caractères non exprimés (on dit qu’il est porteur).L’ensemble des caractères, exprimés ou non, s’appelle le génotype.

Un jeune diamant mandarin est issu d’une cellule - œuf, résultat de la fusion du noyau d’un spermatozoïde du père et du noyau de l’ovule de la femelle. Le programme génétique de l’oiseau s’y trouve déjà : Une suite de divisions cellulaires et d’informations codée déclenchera (ou non) l’apparition des caractères. L’information codée est portée par des gènes situés sur de longs filaments contenus dans le noyau : Les chromosomes.
Tous les chromosomes vont par paire : chaque chromosome a donc son homologue.

Il existe deux catégories de chromosomes :

- Les chromosomes sexuels :
• XX chez le mâle
• XY chez la femelle

- Les chromosomes autosomes.

Le diamant mandarin gris vivant en Australie est à l’origine de tous nos diamants mandarins d’élevage. Il possède tout un ensemble de gènes répartis dans ses chromosomes.
Chaque fois qu’une mutation nouvelle est apparue, c’est qu’il y a eu modification d’un gène d’origine (et qu’elle s’est avérée héréditaire). Le gène d'origine et le gène muté sont situés au même endroit appelé locus sur chacun des chromosomes homologues.
Les deux gènes sont des allèles.

Genetique du diamant mandarin 1

Un oiseau est pur (homozygote) quand tous ses allèles portent des informations identiques.
Un oiseau est hétérozygote quand au moins une paire d’allèles porte des informations différentes relatives au même caractère.

On connaît actuellement une vingtaine de mutations différentes du diamant mandarin gris.

On distingue :

a) Les mutations dominantes

Pastel, huppé, joues (grises, brunes), face noire (black-face), joues claires.
Une mutation est dominante quand elle s’exprime alors que le gène muté n’existe qu’en un seul exemplaire. Ce gène est situé sur un chromosome autosome.
Il n’existe donc pas de diamants mandarins porteurs de ces mutations.
Remarque : Quand les deux chromosomes homologues portent chacun un gène dominant, le jeune n’est pas viable. C’est ce qu’on appelle un facteur létal.

b) Les mutations récessives

Blanc, panaché, sellé, poitrine blanche, poitrine noire, poitrine orange, joues noires, isabelle, agate, bec jaune, eumo.
Une mutation est récessive quand elle ne s’exprime que si les deux chromosomes autosomes possèdent chacun le gène muté.
S’il n’y a qu’un seul gène muté, le caractère ne s’exprime pas. L’oiseau est simplement « porteur » de la mutation.

c) Les mutations liées au sexe

Brun, dos pâle, masqué ancien type, masqué nouveau type.
Une mutation est liée au sexe quand les gènes responsables de cette mutation sont situés sur le(s) chromosome(s) X de l’oiseau ( le chromosome Y de la femelle étant vides de gènes ).
La mutation s’exprime chez les femelles puisqu’elles reçoivent de leur père le chromosome X muté. Pour qu’elle s’exprime chez les mâles, il faut que le gène muté soit porté par chacun des deux chromosomes X. Sinon le mâle n’est que porteur de la mutation ; il pourra cependant la transmettre à la moitié de ses filles.
Remarques : Les gènes « Dos Pâle » et « Masqué » sont allèles du même gène non muté. Un mâle Gris peut être porteur de Dos Pâle et de Masqué.

Genetique du diamant mandarin 2

Un mâle Dos Pâle peut être porteur de Masqué, mais pas l’inverse. Dans ce cas , même en un seul exemplaire, c’est lui qui s’exprime.
Un même facteur (Dos Pâle) peut être récessif par rapport au Gris, mais dominant par rapport au Masqué.
Le gène « Brun » situé lui aussi sur un chromosome X n’a pas le même locus que les gènes précédents.

Genetique du diamant mandarin 3

Antérieur aux deux autres, il se trouve sur un chromosome différent.
Pour que ces gènes se retrouvent liés (Dos pâle Brun, Masqué Brun), il aura fallu l’apparition d’un phénomène qui fait l’objet d’un autre article : L'enjambement.

d) Les mutations combinées

De nombreuses mutations ainsi que le gris peuvent être combinées entre elles. On peut en théorie en associer beaucoup mais en pratique, mieux vaut rester prudent : Outre les nombreux croisements nécessaires, il faut que l’oiseau obtenu reste typé et corresponde aux critères des standards.

Les plus connus sont :

• Le Pastel Brun
• les Joues Grises ou Brunes
• L’Isabelle Poitrine Noire

Le Brun Face noire Poitrine Noire ou le Pastel Brun Poitrine Blanche combinent par exemple, une mutation liée au sexe, une mutation libre dominante et une mutation libre récessive.
Il faut donc savoir choisir les meilleurs croisements pour y parvenir.

3. Technique des croisements

 a) Attribuer à chaque mutation un symbole

On commence par attribuer à chaque mutation un symbole : Par analogie avec les symboles atomiques, on peut choisir une ou deux lettres du nom de la mutation.
Les mutations dominantes sont en majuscules, les autres en minuscules.

Personnellement, j’utilise les symboles suivants :

  Fn : Face noire
  bj : Bec Jaune
  bl :  Blanc
  po : Poitrine Orange
  br :  Brun
  Pl : Pastel
  pa : panaché
  pb : poitrine blanche
  pn : poitrine noire
  J : Joues (Grises ou Brunes)
  jn : Joues Noires
  ag : Agate
  dp : Dos Pâle
  ma : Masqué Ancien type
  mn : Masqué nouveau type
  eu : Eumo
  se : Sellé

Les scientifiques font suivre d’un signe + le symbole du gène non muté.
Exemple :  H (Huppé); H+ (non Huppé);  pb (Poitrine Blanche) ; pb+ (non Poitrine Blanche).

Personnellement, je trouve plus logique d’écrire :  H+(Huppé) ; H- (non Huppé);  pb+(Poitrine Blanche) ; pb- (non Poitrine Blanche).
Au bout du compte, les résultats seront les mêmes.

b) Ecrire la formule génétique de chaque oiseau

De part et d’autre d’une barre de fraction, on reporte les symboles des gènes portés par chaque chromosome homologue, en commençant par les chromosomes sexuels.
Exemples :

c) Chromosomes sexuels

Mâle gris : XN/XN ; Femelle grise XN/Y
Dans ce cas, N signifie Normal

d) Mutation liée au sexe

Mâle brun : Xbr+/Xbr+ ; Femelle brune : Xbr+/Y
Mêmes formules avec dp+, ma+, mn+.

e) Mutation libre dominante

Mâle pastel gris : XN/XN PL+/pl- ; Femelle pastel grise : XN/Y pl-/PL+
Mêmes formules avec H+, BF+, J+.
Les facteurs non mutés récessifs s’écrivent en minuscules.

f) Mutation libre récessive

Mâle gris poitrine noire XN/XN pn+/pn+ ; Femelle gris poitrine noire XN/Y pn+/pn+
Mêmes formules avec pb+, po+, jn+, pa+, se+, is+, etc.

g) Mutations combinées

Mâle brun face noire joues noires : XN br+/ XN br+ Fn+/fn- jn+/jn+
Mâle dos pâle pastel bec jaune : XN dp+/XN dp+ Pl+/pl- bj+/bj+

h) Porteurs

Mâle gris / (/ signifie porteur) Dos pâle : XN dp+/XN dp-
Femelle brune/Joues noires : XN br+/Y jn+/jn-
Femelle grise face noire/poitrine noire : XN/Y Fn+/fn- pn+/pn-
Mâle grise face noire/poitrine noire : XN/Y Fn+/fn- pn+/pn-
Mâle dos pâle gris/Masqué NT (nouveau type) : Xdp+/Xmn+. Dans ce cas, on pourrait écrire DP+, puisque le Dos Pâle domine son allèle, le Masqué NT.

4. Placer ces formules dans un tableau de croisements

Il faut d’abord rappeler :

• Que chaque parent ne transmet à son jeune qu’un des deux chromosomes de chaque paire.
• Que le groupement dans chaque gamète (spermatozoïde ou ovule) de ces chromosomes se fait par hasard : c’est le brassage génétique.

Plus le parent possédera de gènes mutés sur les chromosomes différents, plus les combinaisons possibles seront nombreuses. C’est la seule difficulté dans cette méthode, mais elle est inévitable.

Commençons par un croisement simple :

a) Mâle brun : (XN br+/XN br+)  X Femelle grise XN br-/Y
 

  XN br+ XN br+
XN br- XN br+/XN br- XN br+/XN br-
Y XN br+/Y XN br+/Y


Chaque chromosome du mâle (dans ce cas, les chromosomes sexuels) retrouve son chromosome homologue fourni par la femelle. Il ne reste plus qu'à traduire chaque formule.

Résultats : XN br+/XN br- Mâle gris/brun (50%) ; XN br+/Y Femelle brune (50%)

b) Mâle gris/brun : (XN br+/XN br-) X Femelle brune : XNbr+/Y
 

  XN br+ XN br-
XN br+ XN br+/XN br+ XN br-/XN br+
Y XN br+/Y XN br+/Y


Résultats : XN br+/XN br+ Mâle brun (25%) ; XN br-/XN br+ (25%) ; XN br+/Y Femelle brune (25%) ; XN br-/Y Femelle grise (25%).

Une fois la méthode acquise, il est possible de trouver le résultat de n'importe quel croisement. Il faut du temps, de la logique et de la patience (ou un ordinateur).

c) Mâle black-face (autre dénomination : Face noire) brun : (XN br+/XN br+ Fn+/fn- pl-/pl-) X Femelle pastel gris : XN br-/Y fn-/fn- pl-:Pl+
 

  XN br+ Fn+ pl- Génotype XN br+ fn- pl- Génotype
XN br- fn- Pl+ (XN br+ Fn+ pl-)/(XN br- fn- Pl+) Mâle black face pastel gris/brun (XN br+ fn- pl-)/(XN br- fn- Pl+) Mâle pastel gris/brun
XN br- fn- pl- (XN br+ Fn+ pl-)/(XN br- fn- pl-) Mâle black face gris/brun (XN br+ fn- pl-)/(XN br- fn- pl-) Mâle gris/brun
Y fn- Pl+ (XN br+ Fn+ pl-)/(Y fn- Pl+) Femelle black face pastel brun (XN br+ fn- pl-)/(Y fn- Pl+) Femelle pastel brun
Y fn- pl- (XN br+ Fn+ pl-)/(Y fn- pl-) Femelle black face brun (XN br+ fn- pl-)/(Y fn- pl-) Femelle brune


Ce croisement fait intervenir une mutation liée au sexe et deux mutations libres dominantes. On aboutit à huit phénotypes différents (12,5% chacun).

Il me parait important :
• De ne pas descendre à des pourcentages inférieurs (6,25% ou 3,125%). Les chances d'obtenir l'oiseau désiré sont trop faibles : Un oiseau sur 16 ou 32. Rares sont les couples qui fournissent 16 jeunes dans l'année !
• De pouvoir distinguer les oiseaux porteurs de ceux, du même phénotype, qui ne le seraient pas.

5. Conclusion

Cette méthode devrait permettre à tout éleveur :

• De prévoir les résultats théoriques de chaque couple qu'il forme.
• D'analyser les résultats obtenus et d'en tirer des enseignements (certains oiseaux se révèlent être porteurs d'une mutation que l'on ignorait).
• De vérifier les erreurs éventuelles dans les résultats de croisement que proposent livres et revues.

Il est cependant essentiel de connaître parfaitement le génotype de chacun de ses oiseaux.

Cela suppose :

• Un élevage en cages individuelles.
• Un cahier d'élevage rigoureusement tenu et une fiche individuelle (pedigree) pour chaque oiseau.
• Que l'éleveur qui vous cède un oiseau vous fournisse sa fiche individuelle.

Espérant avoir pu aider tous ceux qui débutent ou qui s'engagent dans l'élevage des combinaisons de mutations, je me tiens à l'entière disposition des éleveurs qui voudraient des précisions ou des renseignements complémentaires. Le plus simple est de me joindre par mail ( renedruais@orange.fr ). Je me ferai un plaisir de vous répondre.

René DRUAIS   juge CNJF-OMJ Exotiques becs droits.

Mutation porteur Génétique Chromosome gènes dominante liées au sexe récessive croisement homozygote hétérozygote